Quitter son emploi, suivre son conjoint à l’étranger et devoir retrouver sa place professionnellement dans un nouveau pays: une situation que vivent de nombreux conjoints d’expatriés.
Pour Kaliann, l’expatriation en Roumanie a d’abord commencé par une décision familiale. Lorsque son mari a reçu une proposition professionnelle à Bucarest, elle a rapidement vu cette opportunité comme une belle expérience pour toute la famille.
Mais derrière l’enthousiasme du départ, une question s’est rapidement posée: que faire de sa propre carrière?
Après une dizaine d’années comme cheffe de projet dans le domaine de la formation, Kaliann a d’abord réussi à conserver son emploi pendant quelques mois grâce à un aménagement exceptionnel avec son entreprise. Puis, une fois installée en Roumanie, elle a commencé à chercher un nouvel emploi.
Une recherche qui lui a finalement permis de découvrir un nouveau domaine professionnel et de faire évoluer ses propres critères.
Avant le départ, avais-tu déjà réfléchi à ce qui allait se passer professionnellement?
Oui, forcément. C’était même quelque chose qui me préoccupait beaucoup, parce que j’aimais énormément mon travail.
Quand mon mari a reçu la proposition pour venir travailler en Roumanie, je lui ai vraiment dit d’accepter. Je voyais ça comme une belle opportunité pour lui, mais aussi pour nous en tant que famille.
En revanche, de mon côté, je savais que j’allais devoir quitter mon emploi, et ça m’a beaucoup affectée.
J’ai donc commencé par demander à mon entreprise ce qui était envisageable si je suivais mon mari à l’étranger.
Et finalement, as-tu pu conserver ton emploi?
Oui, mais de manière assez exceptionnelle.
Mon entreprise n’avait pas de bureau en Roumanie et ne pouvait donc pas simplement me transférer sur place. Nous avons alors proposé deux possibilités: soit que je continue à travailler à distance depuis la Roumanie en revenant régulièrement en France, soit que je reste quelques mois pour terminer mes projets avant de démissionner.
Finalement, mon entreprise a accepté que je travaille depuis la Roumanie pendant quatre mois.
Il y a eu beaucoup de démarches, de discussions avec les ressources humaines et de réunions pour mettre tout cela en place. Un avenant à mon contrat a été signé et tout a été validé avec les personnes concernées par les questions de sécurité.
C’était une situation assez exceptionnelle dans l’entreprise.
J’ai donc pu continuer à travailler pendant quatre mois depuis la Roumanie, avant de terminer mon contrat en janvier.
Comment as-tu vécu la fin de ton emploi?
Je travaillais dans cette entreprise depuis seulement deux ans, mais ils m’ont organisé un grand moment de départ. C’est là que j’ai vraiment réalisé à quel point j’étais appréciée et respectée par mes collègues.
J’étais très attachée à mon travail, donc partir a été douloureux.
Ensuite, nous sommes partis trois semaines au Cambodge pour passer du temps avec mes parents. Quand nous sommes revenus en Roumanie, j’ai d’abord vécu les premières semaines comme des vacances.
Mais au bout de deux ou trois semaines, j’ai commencé à trouver le temps long.
Avant, j’avais quatre ou cinq réunions par jour, des collègues, des déplacements, des appels etc. J’avais énormément de choses à faire. Et tout d’un coup, plus rien.
Ne plus avoir d’appels, de réunions ou de journées structurées, c’était très étrange pour moi.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à réfléchir sérieusement à ma recherche d’emploi et à regarder les réseaux professionnels ou les clubs auxquels je pourrais participer.
Comment s’est passée ta recherche d’emploi à Bucarest?
Finalement, assez bien.
Je dirais que c’était assez similaire à la France, mais avec un rythme peut-être plus rapide. J’ai eu beaucoup de retours et les premiers échanges téléphoniques arrivaient rapidement.
J’ai passé beaucoup d’entretiens et j’ai aussi reçu plusieurs propositions.
Le fait d’avoir des entretiens et des retours était déjà très rassurant. Cela voulait dire que mon profil intéressait et que mon expérience professionnelle était reconnue, même dans ce nouveau contexte.
Qu’est-ce qui t’a le plus surprise dans les propositions que tu recevais?
Le salaire.
Je savais que les salaires en Roumanie seraient probablement moins élevés qu’en France, mais entre le savoir et le vivre, il y a une différence.
Certaines propositions étaient intéressantes sur le papier, mais avec un salaire relativement bas et beaucoup de trajets. Dans ce cas-là, pour moi, cela n’avait pas vraiment de sens.
J’ai donc commencé à regarder les choses différemment.
Je ne me suis plus uniquement demandé : « Quel est le salaire ? »
Je regardais aussi le temps de trajet, le nombre de jours de télétravail, la fréquence à laquelle je devais aller au bureau et, plus globalement, ce que le poste pouvait m’apporter.
Est-ce que tes critères ont évolué au fil de ta recherche?
Oui, beaucoup.
Au début, j’étais encore très attachée aux critères que j’avais en France.
Puis j’ai compris qu’il fallait aussi prendre en compte notre nouvelle vie en Roumanie.
Par exemple, si un poste était moins bien payé mais proposait beaucoup de télétravail et seulement une présence au bureau une fois par mois, cela pouvait devenir intéressant.
J’ai aussi commencé à me dire qu’un poste pouvait être intéressant même s’il était moins bien payé que mon ancien emploi, à condition qu’il m’apporte autre chose: une nouvelle compétence, une nouvelle expérience ou la possibilité de découvrir un nouveau domaine.
Ta recherche a-t-elle été longue?
J’ai été très active entre février et mars.
Puis, en avril et mai, j’ai un peu baissé les bras. À force de refaire les mêmes présentations, de passer les mêmes processus et de recommencer encore et encore, cela devenait fatigant.
Et puis, en juin, j’ai vu une offre complètement par hasard.
J’ai postulé sans vraiment y croire. Deux heures plus tard, j’ai reçu un appel. Le lendemain, j’ai eu un premier entretien téléphonique.
En résumé: le vendredi j’avais postulé et été contactée, le lundi j’ai rencontré le manager puis le mercredi j’ai eu un entretien avec mon N+2.
Tout s’est finalement fait très rapidement : environ deux semaines entre ma candidature et l’offre.
Pourquoi avoir accepté ce poste alors qu’il était différent de ton précédent métier?
C’est justement ce qui m’a intéressée.
Le poste comportait moins de responsabilités que mon précédent emploi et ce n’était pas exactement mon domaine habituel. Mais j’y ai vu une possibilité d’apprendre.
Je me suis dit que je pouvais découvrir un nouveau secteur, développer de nouvelles compétences et notamment apprendre davantage sur le recrutement.
Finalement, même si je repartais un peu de zéro sur certains aspects, cela me permettait aussi d’ajouter une nouvelle corde à mon arc.
J’ai également beaucoup apprécié les personnes que j’ai rencontrées pendant les entretiens. Le manager était français et je me suis tout de suite sentie à l’aise avec lui.
Le salaire était aussi un peu meilleur que les deux propositions précédentes que cette même entreprise m’avait faites.
Et surtout, les conditions de travail me convenaient: beaucoup de télétravail et seulement une présence au bureau une fois par mois.
À un moment donné, je me suis aussi dit qu’il fallait que je signe quelque chose.
La recherche commençait à durer et je ne voulais pas rester bloquée dans l’attente du poste parfait. Je me suis dit que si finalement cela ne me plaisait pas, je pourrais toujours continuer à chercher et changer par la suite.
Quel conseil donnerais-tu à une personne qui suit son conjoint à l’étranger et souhaite continuer à travailler?
Je pense qu’il faut être préparé à revoir certaines de ses attentes, notamment concernant le salaire.
Quand on vient d’un poste avec un bon salaire en France, voir les propositions que l’on reçoit dans un autre pays peut être difficile.
Mais il faut aussi regarder tout ce qu’il y a autour du salaire. Le contenu du poste, les horaires, les trajets, le télétravail, les rencontres que l’on va faire, les compétences que l’on peut acquérir etc.
Parfois, accepter un salaire moins élevé peut aussi avoir du sens si cela permet d’apprendre un nouveau métier ou de développer de nouvelles compétences.
Et puis, il faut aussi accepter que tout le monde n’a pas forcément envie de retravailler pendant une expatriation.
Certaines personnes peuvent trouver d’autres activités qui leur conviennent parfaitement et ne pas ressentir le besoin de travailler. Il ne faut pas culpabiliser pour autant.
Pour moi, le travail a aussi été une façon de rencontrer des gens et de créer de nouveaux liens. J’ai toujours eu la chance de faire de belles rencontres professionnelles et humaines.
Avec le recul, comment décrirais-tu ton expérience professionnelle en Roumanie?
Je dirais que c’est une belle expérience professionnelle.
Même si quitter mon ancien travail a été difficile, cette expatriation m’a obligée à me réinventer.
Aujourd’hui, j’apprends un nouveau métier, j’accepte de revoir certaines de mes attentes salariales et je découvre un nouvel environnement professionnel. Et finalement, je trouve que c’est quelque chose de positif.
Je me rends compte qu’on peut aussi construire une nouvelle expérience professionnelle à l’étranger, même lorsqu’on doit repartir différemment de ce qu’on connaissait en France.
Si tu pouvais donner un conseil à la Kaliann qui partait en Roumanie deux ans plus tôt, lequel serait-il?
Je lui dirais de se préparer davantage mentalement et psychologiquement.
Et surtout de réfléchir à ce qui est le plus important pour elle à ce moment-là : la famille ou la carrière professionnelle.
Parce qu’une expatriation peut demander de faire des choix et d’accepter que tout ne puisse pas rester exactement comme avant.
Mais cela ne veut pas dire que l’on doit abandonner sa vie professionnelle. Parfois, il faut simplement accepter de la construire autrement.
Une recherche d’emploi qui devient une nouvelle étape professionnelle
Le parcours de Kaliann montre que la recherche d’emploi à Bucarest en tant que conjoint d’expatrié peut aussi être l’occasion de faire évoluer ses propres repères professionnels.
Quitter un emploi auquel on était attachée n’est pas forcément simple, et retrouver sa place dans un nouvel environnement demande parfois d’accepter de revoir certaines de ses attentes. Pour Kaliann, cette recherche lui a finalement permis d’explorer un nouveau domaine, d’acquérir de nouvelles compétences et de découvrir une autre manière de construire sa vie professionnelle à l’étranger.
Son expérience rappelle aussi qu’il n’existe pas une seule façon de travailler pendant une expatriation. Que l’on choisisse de poursuivre sa carrière, de se reconvertir, de faire une pause ou de consacrer son temps à d’autres projets, l’essentiel est peut-être de trouver un équilibre qui corresponde à sa nouvelle vie.
