Témoignage: se reconvertir pendant une expatriation

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Quand on part vivre à l’étranger, la carrière peut parfois prendre un chemin totalement différent de celui que l’on avait imaginé.

Pour Tam, l’expatriation a été l’occasion de remettre en question son parcours professionnel et d’explorer de nouvelles possibilités.

Après des études en business management et plusieurs années dans le conseil, elle a quitté la Belgique en 2010. Pays-Bas, Japon, Serbie puis Roumanie: au fil des déménagements, son parcours professionnel a lui aussi évolué.

Au Japon, la barrière de la langue l’a empêchée de retrouver un emploi dans son domaine. Elle s’est alors tournée vers le bénévolat, puis a fait une pause pour s’occuper de sa fille.

Quelques années plus tard, alors qu’elle vivait en Serbie, elle a ressenti l’envie de reprendre une activité professionnelle. Avec l’aide d’une coach carrière, elle a exploré plusieurs pistes avant de se lancer dans une nouvelle voie: le coaching dans le domaine de la santé et du bien-être.

Aujourd’hui installée à Bucarest, Tam développe progressivement son activité. Mais cette reconversion ne s’arrête pas au choix d’un nouveau métier: elle doit aussi apprendre à passer du statut de salariée à celui d’entrepreneur.



Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel avant ton expatriation?

À la base, j’ai étudié le business management à Bruxelles, puis j’ai fait une maîtrise en international business management.

J’ai commencé à travailler dans le conseil et j’ai fait de la consultance pendant huit ans, en Belgique puis aux Pays-Bas.

Quand nous sommes partis au Japon, j’ai malheureusement eu beaucoup plus de difficultés à retrouver un travail dans mon domaine.



Qu’est-ce qui a rendu la recherche d’emploi difficile au Japon?

Il fallait parler japonais.

Comme je travaillais dans un domaine où il y avait beaucoup de relations avec les clients, on ne pouvait pas simplement imposer l’anglais aux clients. Sans parler japonais, ce n’était donc pas facile de retrouver un poste dans mon domaine.

J’ai essayé de passer par des recruteurs et mes anciens collègues ont également contacté certaines entreprises, mais la réponse était assez claire: sans japonais, ce n’était pas possible.



Comment as-tu vécu cette période sans emploi?

Au Japon, je me suis investie dans une association.

Je faisais du bénévolat et nous organisions différentes choses: des ateliers de français, un système de bourses, une vente d’œuvres d’art pour financer ces bourses etc. Je participais également à la revue des dossiers.

C’était très intéressant, même si ce n’était pas rémunéré.

Puis je suis tombée enceinte et j’ai arrêté ces activités. Ensuite, le Covid est arrivé et je me suis occupée de ma fille pendant le reste de notre séjour au Japon.



À quel moment as-tu commencé à réfléchir à une reconversion?

C’est arrivé lorsque nous sommes arrivés en Serbie.

Ma fille commençait à grandir et je me suis dit que j’aimerais bien reprendre une activité.

Mais après avoir passé plusieurs années à la maison, ce n’était pas forcément évident de savoir par où commencer. Après quatre ou cinq ans sans travailler, retourner dans le monde professionnel peut être assez difficile.

J’ai donc décidé de travailler avec une coach carrière.



Qu’est-ce que cet accompagnement t’a apporté?

Elle m’a notamment fait faire différents exercices pour m’aider à reprendre confiance en moi.

Par exemple, j’ai recontacté d’anciens collègues pour qu’ils m’aident à identifier mes compétences et à faire une sorte d’analyse de mes « skills ».

Cela m’a permis de réfléchir à ce que je savais réellement faire et à ce que je pouvais envisager pour la suite.

À ce moment-là, j’avais trois possibilités: retourner vers ce que je faisais auparavant, commencer la photographie ou suivre ma passion dans le domaine de la santé.

J’ai donc décidé d’explorer les trois pistes: retourner dans mon ancien domaine professionnel, me lancer dans la photographie ou explorer ma passion pour la santé.



Comment as-tu exploré ces différentes possibilités?

Pour la première piste, je me suis renseignée auprès de mes anciens collègues.

J’ai notamment repris des cours et discuté avec eux de ce que cela impliquerait de devenir indépendante dans ce domaine.

Et je me suis finalement rendu compte que ce ne serait pas vraiment faisable. C’est un métier très complexe et technique, avec énormément d’expertise nécessaire, notamment dans des domaines comme la TVA ou les douanes. C’est aussi pour cela que les entreprises ont de grosses équipes avec différents spécialistes.

J’ai donc compris que ce n’était probablement pas la voie que je voulais prendre en indépendante.



Et la photographie?

J’ai commencé à faire de la photographie.

J’ai notamment réalisé quelques anniversaires et quelques événements. Mais je me suis rendu compte que j’aimais surtout prendre des photos des personnes que j’aime. Et finalement, cela s’arrêtait un peu là! J’ai donc compris que ce n’était pas vraiment mon truc.

Cette étape m’a quand même permis d’explorer une idée que j’avais en tête et de voir concrètement si elle pouvait me correspondre.



Et c’est finalement le coaching qui s’est imposé?

Oui. Je me suis lancée et j’ai repris des études pour devenir coach. J’ai pris une année pour obtenir mon diplôme et j’ai beaucoup aimé cette formation.

Je me rends compte aujourd’hui que ce diplôme constitue plutôt une base, parce que le domaine de la santé est tellement vaste. Je suis donc maintenant en train de me spécialiser dans certains domaines.



Comment as-tu commencé à exercer à Bucarest?

À Bucarest, j’ai commencé à créer des ateliers et à coacher. J’ai notamment pu le faire grâce à la communauté de Bucarest Accueil et j’ai eu mes deux premières clientes.

J’ai découvert que j’adorais vraiment animer les ateliers. Mais je me suis aussi rendu compte que la partie entrepreneuriale était beaucoup plus difficile pour moi.



Qu’est-ce qui est le plus difficile dans cette transition entre salariat et entrepreneuriat?

C’est probablement le plus gros changement pour moi.

Je suis habituée à être salariée. Je n’ai jamais vraiment eu besoin de me vendre ou de faire du marketing. Le travail est toujours venu à moi.

Aujourd’hui, je dois aller chercher mes clients, faire connaître mon activité, organiser mes ateliers et les vendre. Et ça, c’est quelque chose qui me bloque encore.

C’est à la fois une question de confiance en soi et de visibilité. Je dois apprendre à être visible et à parler de ce que je fais.



Est-ce que tu travailles actuellement sur ces difficultés?

Oui. Je suis consciente de ce qui me bloque et j’essaie de travailler dessus.

Je reprends notamment des cours, mais cette fois sur des sujets comme la confiance en soi. Je me rends compte que je dois travailler sur cette partie avant de pouvoir vraiment développer mon activité.

Et finalement, le fait d’en être consciente est déjà une première étape.



Qu’est-ce qui te donne envie de continuer malgré ces difficultés?

Les retours que je reçois.

J’adore faire mes ateliers et quand quelqu’un vient me dire ensuite : « Tam, c’était génial » ou « Tam, tu m’as aidée », ça me motive énormément.

J’ai par exemple eu une cliente qui m’a envoyé une photo d’elle à la piscine en me disant que c’était grâce à moi qu’elle y était retournée et que cela lui faisait du bien.

Ce sont ces moments-là qui me rappellent pourquoi je fais ce métier. J’ai envie de faire quelque chose qui me plaît et qui peut réellement aider les gens.



L’expatriation t’oblige-t-elle à repenser ton activité à chaque déménagement?

Oui, clairement. C’est une grosse question que je me pose pour la suite.

À moins de créer quelque chose qui soit 100% en ligne et qui puisse fonctionner partout, je pense que mon activité devra évoluer en fonction de l’endroit où nous vivons.

Et ce n’est pas forcément simple dans le domaine du coaching et du bien-être.

Je ne suis pas quelqu’un qui va devenir influenceuse sur Instagram pour vendre ensuite des produits digitaux. Ce modèle ne me correspond pas. En revanche, travailler avec des groupes de femmes et les faire avancer ensemble pourrait davantage me correspondre.



Comment imagines-tu la suite de ton activité si vous déménagez à nouveau?

Je réfléchis à plusieurs possibilités.

Je pourrais par exemple me spécialiser dans une thématique très précise et travailler en ligne avec des professionnels en Belgique. Ou bien recréer un réseau local, comme je l’ai fait ici, et garder des sujets plus généraux autour du bien-être et de la santé. Dans ce cas, je pourrais plutôt créer une communauté de femmes qui se retrouvent et échangent autour de différentes problématiques. Ce sont deux modèles économiques complètement différents.

Je dois donc aussi prendre en compte la ville dans laquelle nous allons arriver: est-ce qu’elle est internationale ? Quelle est la communauté d’expatriés ? Est-ce qu’il existe un environnement favorable au monde du bien-être ?

Tout cela peut influencer la manière dont je vais développer mon activité.



Est-ce que tu as parfois l’impression de devoir « recommencer » à chaque expatriation?

Oui, en partie. C’est justement l’un des défis.

Si je veux conserver une activité locale, je vais devoir recréer un réseau à chaque fois. Mais je pense aussi que c’est ce qui rend l’expérience intéressante.

J’ai plein d’idées et je ne sais pas encore exactement quelle forme mon activité prendra dans quelques années. Je vais devoir m’adapter en fonction de l’endroit où nous atterrirons.



Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se reconvertir pendant une expatriation?

Je dirais d’abord que cela dépend vraiment de la situation de chacun. Mais si la personne n’a pas de pression financière particulière, je lui dirais de foncer et de ne pas trop se poser de questions. Le plus important, selon moi, est de rester dans l’action.

Je me rends compte que lorsque je reste dans l’action, même si je suis inconfortable, j’avance sans forcément m’en rendre compte. Et le fait d’avancer me motive. Il faut accepter l’inconfort.



Mais comment faire quand on a tendance à beaucoup réfléchir avant de se lancer?

C’est justement le piège. On peut très facilement rester chez soi derrière son ordinateur à refaire sa stratégie, refaire son site internet, réfléchir encore et encore et finalement ne rien faire.

Alors qu’il suffit parfois de se dire : « OK, j’envoie un message », « j’organise un workshop », « j’essaie quelque chose ». Même si ce n’est pas parfait. Même s’il n’y a personne qui vient. Le fait d’essayer permet d’apprendre et de continuer à avancer.

Il faut accepter que les choses ne soient pas parfaites et qu’on puisse se tromper. Se planter et faire des erreurs, cela fait aussi partie du processus d’apprentissage.



Tu insistes beaucoup sur le fait de sortir de chez soi. Pourquoi?

Parce que je pense que c’est très facile de rester chez soi derrière son ordinateur. C’est beaucoup plus difficile de prendre un risque, de sortir, de rencontrer des gens et d’essayer quelque chose.

Mais pour moi, c’est indispensable. Il faut sortir de chez soi, accepter l’inconfort, prendre des risques et accepter que tout ne soit pas parfait dès le départ.



Et tu conseillerais aussi de s’entourer?

Oui, absolument. Mais il faut essayer de s’entourer de personnes qui ont vécu un parcours similaire. Par exemple, parler avec d’autres personnes qui essaient elles aussi de construire quelque chose m’aide beaucoup.

À l’inverse, mes amis qui travaillent toujours dans de grandes entreprises en Belgique ne comprennent pas forcément ce que cela représente d’essayer de créer une activité, de démarcher des clients ou de faire du marketing. C’est un autre monde.

Il faut donc parfois recréer son réseau autour de cette nouvelle réalité. Et finalement, c’est aussi très intéressant, parce qu’on découvre de nouvelles personnes et de nouvelles façons de faire.



Avec le recul, qu’est-ce que cette reconversion t’a appris?

Je pense qu’elle m’a surtout appris qu’une carrière n’est pas forcément quelque chose de linéaire.

J’ai commencé dans le conseil, puis j’ai travaillé dans plusieurs pays. Au Japon, je n’ai pas pu retrouver mon métier à cause de la langue. J’ai fait du bénévolat, je me suis consacrée à ma famille, puis j’ai eu envie de reprendre une activité. En Serbie, j’ai pris le temps d’explorer plusieurs pistes avec l’aide d’une coach carrière. J’ai essayé la photographie, j’ai envisagé de revenir à mon ancien métier et finalement, je me suis dirigée vers le coaching.

Aujourd’hui, je suis encore en train de construire cette nouvelle activité. Je n’ai pas toutes les réponses, mais je continue à avancer, à apprendre et à essayer. Et je pense que c’est aussi ça, une reconversion: accepter de ne pas savoir exactement où l’on va au début, tout en continuant à avancer.



Se réinventer à son rythme: quand l’expatriation ouvre de nouvelles voies

Le parcours de Tam nous rappelle qu’une expatriation peut bouleverser une carrière, mais aussi ouvrir la porte à de nouvelles possibilités. Entre les difficultés à retrouver un emploi, les années consacrées à sa famille et l’envie de donner un nouveau sens à sa vie professionnelle, elle a pris le temps d’explorer, d’essayer et de découvrir ce qui lui correspondait vraiment.

Sa reconversion n’est pas un parcours tout tracé. Elle se construit encore, au fil des expériences, des rencontres et des défis qu’elle apprend à dépasser. Son témoignage nous rappelle qu’il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les réponses pour se lancer, ni de réussir du premier coup pour avancer.

Parfois, le plus difficile n’est pas de trouver sa voie, mais d’accepter de ne pas la connaître encore. Et si l’expatriation était aussi l’occasion de s’autoriser à explorer de nouvelles pistes, à sortir de sa zone de confort et à réinventer son parcours, à son propre rythme?

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