Quand on prépare une expatriation en famille, on pense souvent au logement, à l’école et aux démarches administratives. Mais une fois sur place, ce sont surtout les petites choses du quotidien qui font la différence: les trajets, les courses, les parcs, les habitudes que l’on crée avec les enfants et, bien sûr, les rencontres qui permettent peu à peu de se sentir chez soi.
Pour cet article, j’ai choisi de donner la parole à Anne-Sophie, expatriée à Bucarest avec son mari et leurs trois jeunes enfants. L’expatriation n’était pas forcément une évidence pour elle lorsqu’ils ont décidé de partir. Trois ans après leur arrivée, elle revient sur son expérience de la vie en Roumanie, l’adaptation de ses enfants, son quotidien et les repères qu’elle a progressivement construits sur place.
Son témoignage est personnel, sincère et sans chercher à idéaliser l’expatriation. Et c’est justement ce qui le rend intéressant: Bucarest apparaît comme une ville agréable à vivre en famille, avec de vrais atouts pour les enfants, mais aussi certaines contraintes et une période d’adaptation qu’il ne faut pas sous-estimer.
Le déclic de l’expatriation à Bucarest
Peux-tu te présenter rapidement?
Je m’appelle Anne-Sophie, j’ai 34 ans. Je suis mariée et nous avons trois enfants de 5 ans, 3 ans et 1 an. Nous sommes arrivés de France et c’est notre troisième année ici à Bucarest.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’expatrier?
Mon mari a eu une opportunité professionnelle. Ce n’était pas prévu: nous venions d’acheter une maison en France. Il avait toujours été partant pour l’expatriation, moi j’étais moins enthousiaste à l’idée. Finalement nous avons pesé le pour et le contre et nous sommes partis.
Comment imaginais-tu ta vie à Bucarest avant d’arriver?
J’avais un a priori positif parce que c’était un pays qui sortait de l’ordinaire, et ce côté m’attirait. J’avais aussi des échos d’une amie qui était déjà sur place.
Quelle était ta plus grande peur avant le départ?
Dire au revoir à notre famille et nos amis.
Ensuite devoir reconstruire de nouveaux repères ailleurs, pour ce point ce n’était pas vraiment une peur mais je savais que cela nous prendrait du temps et de l’énergie.
Quelle a été ta toute première impression en arrivant à Bucarest?
Je pense que ce qui m’a le plus interpellée, ce sont les parcs. Quand nous sommes arrivés en mai, j’ai découvert le parc Kiseleff avec ses grandes aires de jeux pour les enfants. Je me suis tout de suite dit : « Pour les enfants, c’est trop bien, il y a des jeux! »
L’installation à Bucarest : les petites difficultés du quotidien
Quelles ont été les démarches ou les difficultés les plus compliquées à ton arrivée?
L’administratif et la logistique sont les points les plus compliqués quand on ne parle pas la langue. Ouvrir un compte bancaire, l’acquisition du fameux CNP (code numérique personnel qui est obligatoire ici dès qu’on reste un peu dans le pays). Dans mes souvenirs aussi ce sont les courses au début car j’avais mes deux enfants en bas âge à la maison et en France, j’avais l’habitude du drive qui me simplifiait la vie. Là sur les applications de livraison je me souviens notamment avoir passé près de 30 minutes pour réussir à trouver seulement trois produits! C’est le genre de petite difficulté à laquelle on ne pense pas forcément avant une expatriation, mais qui peut vraiment compliquer le quotidien lorsqu’on arrive dans un pays dont on ne parle pas encore la langue.
Aujourd’hui je n’utilise toujours pas ces applis parce que je trouve qu’on ne voit pas bien les produits, je préfère les courses en magasin. Surtout qu’il y a de grandes enseignes connues comme Carrefour, Lidl etc.
Quels conseils donnerais-tu pour trouver un logement à Bucarest?
Je dirais surtout de bien penser en termes de distance, parce qu’il y a du trafic. Si on est trop loin de son école, de son travail ou de son centre d’activité quotidien, cela peut vraiment compliquer la vie.
Quel quartier recommanderais-tu à un nouvel expatrié et pourquoi?
Je dirais le secteur 1, ou Pipera si vous travaillez dans le nord. Le secteur 1 est dynamique, avec des appartements sympas, des commerces et des parcs, surtout pour les enfants si la personne arrive en famille.
La vie quotidienne à Bucarest
Après plusieurs mois/années ici, quelle est ton impression globale de la vie à Bucarest?
Je dirais que la vie est douce. Il y a une grosse communauté française et une association pour les expatriés très dynamique et accueillante: Bucarest Accueil, donc nous nous sentons bien entourés et aidés quelles que soient nos demandes. Le quotidien est finalement assez simple. L’école, le parc, nos sorties. Je pense que c’est comme partout mais nous avons pris nos petites habitudes.
Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans ton quotidien ici?
La Roumanie est un pays qui adore les enfants. Il y a plein de parcs à Bucarest avec d’immenses aires de jeux. Nous en avons deux à cinq minutes à pied de chez nous, c’est vraiment super. Par ailleurs, dans les supermarchés, à la poste, à la pharmacie etc., les mamans avec enfants sont prioritaires. Les Roumains sont gentils et aidants. Cela m’est arrivé plusieurs fois, quand j’étais avec mon bébé au supermarché, qu’une personne vienne m’aider à porter mes courses ou à mettre mes sacs dans la voiture!
Ensuite nous aimons découvrir le pays les weekends et pendant les vacances, en particulier les Carpates qui ne sont qu’à 2h30 environ de Bucarest.
Et à l’inverse, qu’est-ce qui reste le plus difficile?
Il y a plusieurs choses, l’éloignement avec la famille, la barrière de la langue: le roumain est une langue latine mais reste assez compliqué à apprendre, le fait que mon mari travaille loin (à 1h30 de chez nous) et le système de santé.
Comment trouves-tu le coût de la vie par rapport à ton pays d’origine?
Il est quasiment le même qu’en France. C’est juste moins cher pour ce qui est des services : taxis, coiffeurs etc.
Quels sont tes endroits préférés à Bucarest? (cafés, restaurants, parcs, activités, lieux kids friendly…)
Les parcs font clairement partie de mes endroits préférés, notamment pour les enfants. J’apprécie aussi notre quartier et le fait de pouvoir faire du vélo grâce aux pistes cyclables.
Nous aimons bien le restaurant Noua BAR en bas de chez nous qui revisite des plats traditionnels roumains.
Y a-t-il des habitudes roumaines que tu as adoptées?
Rouler trop vite! 😊
Vivre à Bucarest avec des enfants
Comment tes enfants ont-ils vécu le changement de pays?
Dans mes souvenirs, cela a été plus compliqué pour mon deuxième. Nous sommes arrivés au mois de mai et jusqu’en septembre il a eu beaucoup de problèmes de sommeil, du mal à s’endormir, des réveils nocturnes. C’était très fatiguant. Pour mon aînée, ça a été plus facile avec la rentrée, notamment parce que l’école était en français, donc il y avait déjà une stimulation et un repère.
Comment avez-vous choisi l’école ou la crèche?
Pour l’école, nous voulions une école française et avons choisi celle la plus proche de la maison. Pour la crèche, j’avais vraiment besoin de me simplifier la vie niveau déplacement donc on a choisi la crèche roumaine dans la rue.
Quel est ton retour d’expérience sur l’école / la crèche à Bucarest?
Pour la crèche roumaine, j’ai trouvé qu’ils ne faisaient pas énormément d’activités et surtout que les assistantes sortaient peu les enfants alors qu’il y avait un jardin. Dommage. Les locaux étaient petits également. En revanche les assistantes étaient très maternelles et bienveillantes avec les enfants. J’ai vu que mon petit garçon commençait à s’y plaire en le voyant courir le matin dans les bras de la personne qui s’occupait de lui et ça c’était tellement rassurant.
Pour l’école, les enfants ont fréquenté l’EFI jusqu’en juillet 2026, mais elle a malheureusement été fermée. Ils démarrent cette année dans une nouvelle école, en anglais, toujours dans le centre. Nous verrons bien.
Quelles ont été les principales difficultés d’adaptation pour vos enfants?
Nos enfants étaient encore jeunes à notre arrivée (notre fille n’avait pas encore 3 ans, et notre fils 1 an!) donc ils se rendent moins compte je pense. Maintenant la première année n’était pas facile parce qu’il faut tout de même s’habituer à un nouveau logement, une nouvelle langue au quotidien etc. et j’étais enceinte donc forcément un peu plus stressée. Ça s’est fait petit à petit.
Avec le recul, quels bénéfices vois-tu pour eux dans cette expatriation?
L’ouverture d’esprit, et d’après ce que je vois quand nous retournons en France, une certaine confiance en eux pour aller vers les autres. Mon aînée a eu du mal au début parce qu’il y avait une majorité d’enfants roumains dans sa classe, mais je la voyais essayer d’aller vers les autres et dire quelques mots en roumain. Quand nous rentrons en France, elle fait la même chose et trouve que c’est beaucoup plus simple de se faire des amis. Je pense que cette expérience lui donnera des facilités par la suite.
Vie sociale à Bucarest : se faire des amis en expatriation
A-t-il été facile de créer une nouvelle vie sociale à Bucarest?
Oui, car la communauté française est grande et, comme je le disais plus haut, il y a l’association Bucarest Accueil qui accueille et fait vivre cette communauté. Beaucoup d’événements sont organisés en semaine ou le week-end: cafés, sorties, visites culturelles, sport, activités en famille etc. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Nous fréquentons aussi la paroisse catholique, avec une messe une fois par semaine en français. Tout cela a beaucoup simplifié notre intégration.
As-tu vécu un choc culturel ou une surprise en arrivant?
J’ai surtout été agréablement surprise par la place accordée aux enfants dans la vie quotidienne, notamment dans les parcs et dans certains commerces.
Quelle est ton expérience de l’amitié en expatriation?
Déja c’est très important pour se sentir bien car on est loin de chez soi, de ses proches. L’avantage c’est que l’expatriation resserre très vite les liens. On se soutient, on est tous dans le même bateau en quelque sorte. Après c’est assez particulier car il y a des années où on se fait des bons amis et ils partent, alors il faut reconstruire d’autres liens. Cela demande une certaine flexibilité et simplicité.
Qu’est-ce qui t’a le plus aidé à te sentir “chez toi” à Bucarest?
Appartenir à des petits groupes: mon groupe de chant, notre paroisse, entre expatriés, le groupe des parents d’école etc. L’appartenance à des communautés est très importante je crois. Ensuite cela passe par les habitudes du quotidien, le trajet qu’on connaît par cœur le matin pour emmener les enfants à l’école, le commerçant que l’on croise en faisant nos courses, le rituel du parc après l’école. A partir du moment où on apprivoise un peu son quotidien, on se sent aussi chez soi.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui se sent seul en expatriation?
Ne pas hésiter à appeler ses proches en France, s’inscrire dans des groupes (n’importe lequel! chant, danse, sport, art créatif etc.). Bref, faire des choses et s’entourer est le meilleur moyen d’aller mieux quand on se sent seul. Je crois qu’il y a aussi des psychologues qui parlent français.
Gérer le manque des proches quand on vit à l’étranger
Comment gères-tu le manque de tes proches ou de ton pays d’origine?
Ce qui a vraiment changé pour moi c’est que j’appelle de plus en plus mes proches en France. La première année je me disais que j’étais là et qu’il fallait que je me fasse des amis ici. Je me suis rendu compte que ce n’était pas si simple et qu’en fait, on a besoin de sa base.
Nous rentrons aussi en France deux fois par an pour Noël et les vacances d’été et on invite régulièrement nos proches à venir nous rendre visite à Bucarest.
Qu’est-ce que cette expérience t’a appris sur toi-même?
Je pense qu’elle m’a appris que j’étais très attachée à mes proches, mais aussi que j’étais capable de sortir de ma zone de confort.
Alors, est-ce qu’elle recommande Bucarest pour une expatriation en famille?
Aujourd’hui, quel est ton bilan après avoir vécu 2 ans à Bucarest?
Je suis encore au milieu de mon expatriation, donc je préfère ne pas faire un bilan définitif. Mais je vois déjà tout ce que cette expérience nous apporte.
Quels sont selon toi les plus grands avantages de vivre à Bucarest?
La qualité de vie dans notre quartier, les parcs, les espaces pour les enfants et la communauté présente qui permet de ne pas se sentir isolé.
Recommanderais-tu Bucarest pour une expatriation en famille? Pourquoi?
Globalement oui, car c’est une destination vraiment dépaysante et la ville est adaptée aux enfants.
Quel est LE conseil que tu donnerais à quelqu’un qui prépare son expatriation en Roumanie?
Ne pas sous-estimer l’importance du quartier et des distances, se renseigner avant d’arriver et surtout ne pas rester seul. Il faut se laisser le temps de construire ses nouveaux repères.
Ce que je retiens de ce témoignage
Ce que j’aime dans le témoignage d’Anne-Sophie, c’est qu’il montre une réalité assez nuancée de la vie à Bucarest en famille. La ville semble offrir de vrais atouts pour les familles: des parcs nombreux, de grands espaces de jeux, une vie quotidienne relativement douce et une communauté francophone qui peut faciliter les premiers mois.
Mais cela ne signifie pas que l’installation se fait sans difficulté. La langue peut rapidement devenir un frein dans certaines démarches, les distances et le trafic sont à prendre en compte et le choix du quartier peut avoir un véritable impact sur le quotidien d’une famille.
Pour les enfants, Anne-Sophie retient surtout l’importance du temps et de la construction progressive de nouveaux repères. L’école, les amis, les sorties au parc, les petites habitudes du quotidien, mais aussi les liens avec la famille restée en France ont participé à cette adaptation.
Et puis il y a la vie sociale. C’était sa principale peur avant de partir, et son expérience montre qu’il est possible de créer de vraies amitiés en expatriation. Mais cela demande aussi d’accepter que les liens se construisent dans un contexte particulier, où beaucoup de personnes ne resteront que quelques années.
Finalement, vivre à Bucarest en famille semble moins être une question de trouver une vie parfaite que de construire progressivement une vie qui nous ressemble. Avec de nouveaux repères, de nouvelles rencontres, tout en gardant précieusement les liens avec nos proches.
